Un outil innovant d’aide à l’identification des sources et à l’élaboration d’un plan d’actions de réduction des émissions de micropolluants à l’échelle d’un territoire urbain a été développé dans le cadre du projet LUMIEAU-Stra porté par l’Eurométropole de Strasbourg et réunissant 8 partenaires.

Que sont les micropolluants ?

Ce sont des substances susceptibles d’induire des effets négatifs sur les organismes vivants à faible ou très faible concentration, en raison de leur toxicité, de leur persistance et de leur bioaccumulation. Ils proviennent en partie des activités humaines. A titre d’exemple, de nombreux produits contenant des micropolluants sont fabriqués et utilisés : détergents, cosmétiques, peintures, médicaments, plastiques, hydrocarbures, biocides… Ils sont émis par de nombreuses sources : industrie, artisanat, particuliers, hôpitaux, eaux pluviales….

La réglementation sur les micropolluants découle des objectifs de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE) d’atteinte d’un bon état des masses d’eau. La prise de conscience des enjeux écologiques et sanitaires associés aux micropolluants émis par les activités humaines est en pleine croissance. En France, le Plan national micropolluants encourage la gestion à la source des micropolluants rejetés vers les réseaux d’assainissement. Plusieurs dispositions de l’arrêté du 21 juillet 2015 concernent les micropolluants. Elles visent une meilleure connaissance des rejets dans le réseau et la diminution des déversements en eaux usées notamment lors des épisodes pluvieux. La mise en œuvre de ces dispositions permet de limiter l’empreinte de l’activité humaine sur la ressource en eau.

Micropolluants dans les eaux usées urbaines

En 2013, face à la problématique grandissante des micropolluants, le Ministère de l’Ecologie, l’Agence Française pour la Biodiversité et les Agences de l’eau ont lancé conjointement un appel à projets « Innovations et changements de pratiques : lutte contre les micropolluants des eaux urbaines », en partenariat avec le Ministère en charge de la Santé. L’objectif principal était d’aider les collectivités à mieux connaître et à réduire l’impact des micropolluants sur les milieux et les ressources aquatiques de leur territoire. Les treize projets retenus rassemblent des collectivités locales et des partenaires privés (entreprises et associations) et/ou publics (universités, laboratoires de recherche) sur des initiatives innovantes allant des changements de pratiques des usagers et des professionnels jusqu’à la mise en œuvre de nouvelles solutions techniques : gestion durable, traitements innovants…

Le projet "LUMIEAU-Stra" : lutte contre les micropolluants dans les eaux urbaines à Strasbourg

Il fait partie des treize projets retenus. Un consortium de 8 partenaires a été constitué : l’Eurométropole de Strasbourg (coordinateur du projet), des laboratoires publics (ICUBE, GESTE, INERIS), la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Meurthe-et-Moselle qui intègre le CNIDEP (Centre National d’Innovation pour le Développement durable et l’Environnement dans les Petites entreprises) et des bureaux d’études (IRH Ingénieur Conseil, TRONICO-VIGICELL, IRES).

A l’échelle des communes, la problématique des micropolluants est complexe par la multitude des sources d’émission et par leur répartition sur le territoire. Il y a un réel besoin de hiérarchiser les problèmes car il est techniquement et économiquement impossible de tout traiter en même temps. Le projet propose donc d’agir à la source en réduisant les flux de micropolluants dans le réseau. Il s’articule autour de 4 phases au cours desquelles les principales sources de micropolluants en milieu urbain sont étudiées : industriels, artisans, particuliers et eaux pluviales.

  • Phase 1 : réalisation d’un diagnostic et d’une cartographie des rejets de 131 substances dans le réseau d’assainissement, et identification de leurs impacts potentiels sur le milieu récepteur. Mise en œuvre d’échantillonneurs intégratifs et de bioessais innovants pour optimiser les campagnes de mesures.
  • Phases 2 et 3 : développement d’outils pour accompagner le changement de pratiques telles que des campagnes de communication auprès du grand public, la substitution de produit ou l’installation de procédés de traitement des eaux chez des artisans volontaires, etc.
  • Phase 4 : élaboration d’un plan d’actions pluriannuel priorisé pour la collectivité afin de réduire les micropolluants.

Outil innovant pour la réduction des micropolluants

Pour assister les maîtres d’ouvrage, un outil innovant d’aide à l’élaboration d’un plan d’actions de réduction des flux de micropolluants à l’échelle d’un territoire urbain a été développé au cours du projet. Il se base sur une approche évolutive et territoriale à deux niveaux.

Dans sa partie « Diagnostic », on identifie les bassins versants et émetteurs qui contribuent potentiellement aux rejets de micropolluants dans le réseau d’assainissement et ses exutoires : déversement vers les milieux récepteurs en temps de pluie et en entrée de station de traitement des eaux usées (STEU).

Dans son volet « Plan d’actions », une boîte à outil permet d’identifier les solutions de réduction des micropolluants adaptées au contexte local. On peut alors simuler des scénarios de mise en place d’actions sur le territoire étudié.

L’outil a ainsi été utilisé pour évaluer l’impact de la mise en place d’un plan d’actions sur la réduction des émissions de micropolluants sur le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg. Développé et commercialisé par IRH Ingénieur Conseil, filiale d'Antea Group, dans le cadre du projet LUMIEAU-Stra, il est conçu pour être évolutif et transposable à d'autres territoires. Il peut également, dans une version adaptée, accompagner la réalisation des diagnostics vers l’amont des STEU demandés réglementairement par la note technique du 12 août 2016 dans le cadre du programme RSDE (Recherche et réduction des Substances Dangereuses dans l’Eau).

Diagnostic territorial des micropolluants

L’outil détermine les émissions industrielles, artisanales, domestiques et pluviales (mesures nationales, mesures locales ou bibliographie) sur le territoire de la collectivité.

L’objectif étant de pouvoir orienter la politique publique en matière d’action de réduction, il a été décidé d’intégrer dans le diagnostic l’identification du danger associé à chacune des substances, c'est-à-dire de caractériser de façon relative l’impact potentiel de chacune d’elles sur la santé et l’environnement.

La pression potentielle exercée par une substance dépend donc du flux rejeté mais également de son degré de toxicité.

L’outil associe ensuite cette pression polluante potentielle identifiée à l’hydraulique du réseau d’assainissement afin de déterminer l’impact potentiel sur les milieux récepteurs aux exutoires du réseau.

Enfin, l’acceptabilité des rejets par les milieux récepteurs est prise en compte pour déterminer les milieux récepteurs prioritaires et pouvoir hiérarchiser la mise en place d’actions à la source.

Par exemple, l’outil a permis de déterminer l’ensemble des établissements potentiellement émetteurs de zinc et parmi eux ceux dont l’activité est « préparation industrielle de produits à base de viande ». Grâce à l’hydraulique du réseau, il a été possible de connaître les milieux récepteurs des rejets de ces établissements spécifiques. Selon l’acceptabilité de ces milieux vis-à-vis de la pollution au zinc et la priorité qui en découle, il est ensuite possible de proposer des actions de réduction aux établissements concernés.

Plan d’actions à disposition des collectivités locales

Une boîte à outils comporte un panel de solutions de réduction des micropolluants et permet d’identifier les actions adaptées au contexte (type d’émetteur, pollution diffuse, nature des substances…).

Des scénarios de réduction des rejets de micropolluants permettent de déterminer les impacts positifs sur l’environnement. Les résultats peuvent être visualisés au niveau des sources, des points de rejet et du milieu récepteur. Les actions simulées peuvent être de différents types :

  • Sensibilisation et communication auprès des usagers domestiques pour inciter au changement de pratiques (ex : acheter des produits ménagers écolabellisés).
  • Actions collectives auprès des artisans : entretien et mise en place de séparateurs d'hydrocarbures chez les garagistes, substitution du chlore par un agent de blanchiment chez les coiffeurs.
  • Actions spécifiques dans des industries identifiées (exemple : ajout d’un traitement tertiaire comme une filtration membranaire pour l’activité traitement de surface).
  • etc.

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