Il existe plus de 9 200 composés PFAS (acronyme de substances per- et polyfluoroalkylées en anglais). On les trouve partout autour de nous. Ils sont actuellement sous les projecteurs comme en témoignent des titres inquiétants dans la presse nationale : « Silence, on empoisonne », « Les PFAS, polluants perturbateurs endocriniens chez les goélands de l’Ile de Ré » ou encore « Des polluants ‘éternels’ dans les emballages à usage unique de la restauration rapide ». Dans cet article, vous allez découvrir ce que sont les substances PFAS, d’où elles viennent et pourquoi il faut s’en préoccuper.

Que sont les PFAS ?

Les quelques 9 250 substances PFAS forment une famille de produits chimiques fabriqués depuis les années 1940 par l'Homme. Ces composés n’existent pas à l’état naturel. Ils contiennent dans leurs molécules des chaînes carbone-fluor, l'une des liaisons chimiques les plus fortes. Les PFAS les plus connus sont l'acide perfluoro-octanoïque (PFOA) et le sulfonate de perfluoro-octane (PFOS).

Pourquoi les PFAS sont-ils largement utilisés ?

Les liaisons chimiques extrêmement fortes des PFAS forgent leurs caractéristiques uniques et très utiles. Ils présentent certaines ou toutes les propriétés suivantes :

  • ils repoussent l'huile, l'eau et d'autres liquides ;
  • ils résistent à la température ;
  • ils réduisent  la friction ;
  • ils sont stables et résistent à la graisse, à l'huile, à l'eau et à la chaleur.

Où trouve-t-on les PFAS ?

La réponse est simple : partout !

Les PFAS entrent dans la composition de milliers de produits et de procédés de fabrication. Bien que certains PFAS aient été éliminés progressivement, interdits ou limités, d'autres continuent à être utilisés dans le développement de nouveaux produits dans le monde entier. Quelques exemples de produits et applications contenant des PFAS :

  • Emballages alimentaires (par exemple certains sacs de popcorn pour micro-ondes ou certaines boîtes de pizza) et ustensiles de cuisine antiadhésifs : les PFAS repoussent les graisses et permettent de conserver les aliments hermétiquement.
  • Revêtement et isolation : revêtement de fils électriques, réduction de l'usure mécanique des métaux et peintures pour la prévention de la corrosion.
  • Lutte contre l'incendie : certaines mousses à formation de film aqueux contenant des PFAS (AFFF) sont utilisées pour combattre les feux de liquides inflammables dangereux.
  • Vêtements et textiles : vêtements d'extérieur imperméabilisés, moquettes et textiles résistants aux tâches, équipements de protection individuelle (EPI).
  • Procédés de fabrication : pour des industries produisant des semi-conducteurs, des plastiques, des résines composites, etc.

La présence de PFAS ne se limite pas à ces produits et applications. Lors des procédés de fabrication, et dans le cadre de la gestion de déchets, les PFAS peuvent être transférés dans l’air, l’eau et le sol,  et parvenir au final dans les produits alimentaires.

Les risques des PFAS pour la santé

Les PFAS pénètrent dans le corps des humains et des animaux et y restent longtemps. Des études menées dans le monde entier ont révélé la présence de PFAS dans le sang humain.

Un grand nombre d'études ont examiné les relations possibles entre les niveaux de PFAS dans le sang et les effets nocifs sur la santé des personnes. Cependant, toutes ces études ne portaient pas sur les mêmes groupes de personnes, le même type d'exposition ou les mêmes PFAS. Ces différentes études ont donc fait état d'une variété de résultats sanitaires. Les recherches portant sur les humains suggèrent que des niveaux élevés de certains PFAS peuvent entraîner :

  • une augmentation du taux de cholestérol,
  • une diminution de la réponse aux vaccins chez les enfants,
  • des modifications des enzymes du foie,
  • un risque accru d'hypertension artérielle ou de pré-éclampsie chez les femmes enceintes,
  • une légère diminution du poids des bébés à la naissance,
  • une augmentation du risque de cancer du rein ou des testicules.

En septembre 2020, l'EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) a drastiquement réduit le seuil de sécurité pour les principaux PFAS, d’une dose journalière admissible (DJA) de 270 ng/kg (nanogrammes par kilogramme de poids corporel, somme PFOS et PFOA) en 2009, à 0,63 ng/kg (somme PFOS, PFOA, PFNA, PFHxS).

Les risques environnementaux des PFAS

Les risques environnementaux sont tout aussi difficiles à déterminer que les risques pour la santé humaine. Mais plusieurs sujets de préoccupation émergent :

  • Les PFAS pénètrent facilement dans les réserves d'eau et les plans d'eau, et il est très difficile de les  retirer ou les éliminer.
  • Les PFAS peuvent être absorbées par les plantes et s'accumuler dans le corps des poissons et des animaux sauvages, ce qui pourrait potentiellement poser un risque pour la santé humaine s'ils sont consommés.
  • Les PFAS ne sont pas présents à l'état naturel, et nous ne savons donc pas comment ils interagissent dans les systèmes naturels.

Les procédures d'élimination fiables sont très coûteuses et difficiles à contrôler, car les PFAS sont très persistants. Et ils peuvent se propager rapidement et à de grandes distances de leur source par de nombreux moyens (par exemple, l'air, l'eau, la lixiviation du sol).

Quelques exemples de crises sanitaires et sociales

L’affaire la plus emblématique a donné lieu au film Dark Waters. Aux USA, 70 000 personnes et leur bétail ont été exposés au PFOA via l'eau potable. Des cancers primaires de 21 types différents ont été détectés dans la région. L’affaire a résulté en un accord financier historique de 671 millions de dollars, versés par l’industriel aux 3 500 plaignants.

En Italie, l’eau d’une nappe phréatique contaminée aux PFAS par une usine chimique a intoxiqué 350 000 personnes depuis les années 60. Les dommages environnementaux causés par les PFAS ont été estimés à 136,8 millions d'euros.

En Australie, la découverte d’une pollution de sol en PFAS a interrompu les travaux de creusement d’un tunnel. Le retard dans la construction s’est élevé à au moins un an, et 200 travailleurs se sont retrouvés sans emploi.

Les PFAS dans la réglementation

Depuis 2009, le PFOS et ses dérivés ont été inclus dans la Convention internationale de Stockholm afin d'en supprimer au maximum l'utilisation. Cette convention réglemente également la suppression au niveau mondial du PFOA, de ses sels et des composés liés. Le PFOA est interdit depuis le 4 juillet 2020 en vertu du règlement sur les POP (polluants organiques persistants) de l’Union européenne.

Le PFHxS et ses sels sont en cours d'examen en vue de leur inclusion dans la Convention de Stockholm et de leur interdiction à l'échelle mondiale.

La Directive Cadre Eau de l’Union européenne impose une valeur limite en PFOS dans les eaux de surface à 0,65 ng/l en 2025.

La Directive européenne du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine impose les standards de qualité suivants : 100 ng/l pour la somme de 20 PFAS, 500 ng/l pour le total.

En France, le PFOS est inclus dans le programme de  Recherche des Substances Dangereuses dans l’Eau (RSDE) qui  impose d’établir une action afin de limiter l’entrée du PFOS dans le réseau d’assainissement.

Un outil de pré-identification de risque d'une pollution en PFAS

Face aux crises sanitaires liées aux PFAS aux Etats-Unis, aux Pays-Bas et en Belgique, les équipes d’Antea Group se sont engagées depuis quelques années dans l’accompagnement des industriels, collectivités et assurances afin de les assister dans la gestion de la pollution en PFAS. Se basant sur ce retour d’expérience et sur une étude bibliographique poussée, Antea Group France a élaboré un outil de pré-identification de risque d’une pollution en PFAS.

Dès que l’outil indique une possible pollution en PFAS (site industriel, eaux souterraines, eaux potables…), notre expertise permet de choisir les substances à rechercher dans les différents compartiments. Nos équipes de mesure et prélèvement sont formées spécifiquement à la problématique des PFAS afin de limiter au maximum la contamination croisée des échantillons (risque élevé à cause de l’omniprésence des PFAS).

Dans le cas où la pollution est avérée, un accompagnement est proposé selon le domaine concerné :

  • Due Diligence environnementale : proposition d’une filière de gestion en fonction du contexte réglementaire (en fonction du pays) et son évolution probable ;
  • Air et Eau : essais de traitabilité et maîtrise d’œuvre pour la mise en place des systèmes de traitement ;
  • Sites et Sols Pollués : étude de risques, conseils en réaménagement ou reconversion intégrant un besoin de dépollution, étude de faisabilité et conception de techniques innovantes de résorption, maîtrise d’œuvre chantier de dépollution.

Que ce soit pour les eaux, les sols, l’air ou la santé humaine, les composés PFAS représentent bel et bien un sujet grandissant de préoccupation en France, qui doit être appréhendé avec expertise et sans plus attendre.